Clara et la pénombre – José Carlos Somoza

Clara et la Pénombre fait partie des œuvres au programme de l’un de mes cours de littérature, José Carlos Somoza est aussi l’auteur de La Caverne des idées (2002) dont la traduction anglaise a obtenu le Gold Dagger Prize.

Synopsis

2006. Dans ce futur dangereusement proche, la représentation des corps ne fait plus recette au sein du marché de l’art, qui cote désormais des toiles humaines. Signées par de grands maîtres, elles sont louées, vendues, manipulées, livrées à tous les regards, à tous les fantasmes.
Clara est modèle. Elle rêve d’être peinte par le dieu de l’art hyperdramatique : Bruno Van Tysch. Mais, tandis que la jeune toile est apprêtée dans un pavillon isolé des abords d’Amsterdam, la Fondation Van Tysch est en émoi. Une œuvre de grande valeur a été dérobée et détruite par un mystérieux meurtrier qui officie suivant des rites affreusement artistiques.
A la manière de Rembrandt, José Carlos Somoza dépeint de violents clairs obscurs : les déviances de l’art font écho aux dérives de nos sociétés et conduisent chacun à mesurer le prix du beau à l’aune de la valeur du vivant.
Source : http://www.actes-sud.fr/

Acte Sud, 656 pages, 12.70€

Mon avis

La fin est aussi mystérieuse que le commencement…

L’histoire de Clara et la pénombre se déroule en 2006, mais pour bien comprendre l’intrigue il faut prendre en compte le fait que le roman a été publié en 2001. Nous sommes dans une fiction d’anticipation, vision d’un futur à très court terme offrant un aperçu du monde de l’art à travers une enquête aux accents de thriller. Ce mélange des genres est un des premiers atouts séduction de ce roman. Clara et la pénombre se fait donc tantôt roman d’enquête pour le lecteur qui tente de dénouer les fils de la toile tissé par le romancier et tantôt roman noir lorsque l’obscurité semble prête à tout envahir, parfois thriller où l’on craint pour la santé physique et mentale de chacun ; et enfin roman d’anticipation, triste prophétie. Somoza en maitrise très bien les codes et sait les utiliser à bon escient, esquissant en clair-obscur le portrait cohérent d’une société aussi fictive que familière.

En effet, un autre grand atout de Somoza relève de sa capacité à créer une forme de familiarité avec son univers, en l’ancrant concrètement dans l’esprit du lecteur à travers le soin tout particulier qu’il accorde aux détails qu’ils soient d’ordre géographique ou psychologique.

Particulièrement européanisée, la géographie de Clara et la pénombre fait de certains pays des personnages à part entière et les acteurs de l’intrigue voyagent de l’Espagne à la Hollande en passant par l’Italie et Londres, le texte agrémenté çà et là de pincées de français. Bien que Somoza reconnaisse dans ses notes avoir pris des libertés dans la construction de son univers, on imagine sans peine les lieux, même fictifs, dont les descriptions émaillent le roman et on se prend à les parcourir en pensée comme les paysages d’une galerie de tableaux très cosmopolite.

Le roman est organisé selon l’alternance des points de vue des personnages, récurrents ou non, et le lecteur est brinquebalé de l’un à l’autre, grappillant ici et là les précieuses informations qui lui permettront d’avoir le fin mot de l’histoire. La multiplication des points de vue permet de dresser une brochette de portraits plutôt diversifiés. Une telle division n’amoindrit cependant pas l’empathie que l’on éprouve pour les personnages et on saisit avec une grande acuité quels sont les motivations et mécanismes qui régissent chacun d’entre eux, Somoza a un véritable don pour les rendre vivants. Autre qualité de Clara et la pénombre, ses personnages féminins sont des êtres humains à part entière.

Il sait poser les bonnes questions et entraine le lecteur dans une réflexion éthique sur des sujets très divers : pourquoi dans un monde qui prétend faire de l’art, l’objet et le sujet sont souvent des êtres jeunes de sexe féminin aux physiques plutôt agréables ? Que vaut l’humain lorsqu’il est réduit au statut de simple matériau ? L’humanité a-t-elle un prix ? Clara, la femme-objet/être humain, est de ce point de vue une magnifique réalisation ; idem pour April Wood, que son collaborateur perçoit uniquement à travers le prisme de son attirance, et qui se révèle au fil du roman pour en devenir un des protagonistes les plus intéressants et complets.

Clara et la pénombre est un roman riche de son univers détaillé, original et bien pensé, de ses personnages construits et cohérents, ainsi que d’une intrigue haletante ; ne lui manque plus alors qu’un dénouement en apothéose. Et là, je n’ai qu’une chose à dire…

Source : http://allthesupernaturalgifs.tumblr.com

De nombreux auteurs gardent parfois un ou deux détails sous le coude les sortants de leurs chapeaux au dernier moment et, dans ces cas-là, il est toujours frustrant de savoir qu’on n’aurait pas pu trouver la solution seul-e. Somoza quant à lui fait preuve d’excès de zèle avec Clara et la pénombre. Ses personnages et son univers sont si cohérents et logiques que, sur le dernier tiers du roman, le suspens repose davantage sur le fait de savoir si l’auteur ira au bout de son idée que sur la résolution de l’énigme. C’est légèrement dommageable puisque le résultat est tristement manichéen et peu subtil lorsque chacun est amené à choisir son camp, alors que l’univers développé par l’auteur permettait de jouer sur une gamme immense de nuances. Cette petite faiblesse scénaristique n’enlève cependant rien au plaisir que j’ai pu ressentir lors de ma lecture.

En bref :

Somoza pousse le lecteur à se questionner sur des sujets éthiques complexes, dommage qu’il le prenne un peu trop par la main à mon goût sur le chemin de la réflexion. Il y a bien longtemps qu’une lecture imposée ne m’a pas captivée de cette façon, j’ai vibré au rythme des personnages et eu peine à les quitter lorsque le roman a été achevé.

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