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Leur confiance et mes doutes

Depuis quelques temps au collège, j’ai l’impression d’assister à l’attaque des clones. Ça a commencé par de petites remarques anodines qui me faisaient comprendre qu’en arrivant j’étais scrutée de la tête aux pieds : « madame, votre couleur de cheveux est différente, et puis vous les avez coupé non ? », « tiens madame, aujourd’hui vous avez noué votre écharpe différemment », « oh madame c’est la première fois qu’on vous voit sans votre veste ! ».

Cette impression un peu étrange de vivre sous microscope, scrutée par au moins une soixantaine de paires d’yeux attentifs au moindre détail. Mes petits Sherlock Holmes à moi, aux esprits bien plus vivaces que les adultes aiment à le penser, et dont les impertinences ne sont jamais sans pertinence…

Source : giphy.com

Et puis petit à petit c’est devenu plus net. Cette élève qui me demande où j’achète mon vernis, cette autre qui arrive avec une veste bleue marine (mon uniforme pour l’école c’est la veste tailleur souvent noire ou bleue), celle-ci qui me dit que son papa lui a acheté la bande-dessinée que j’ai tant vantée en classe et me demande quelle planche est ma préférée.

Et aussi il y a eu le journal culturel transformé en journal intime pour exprimer la souffrance à quelqu’un qui agirait enfin et les petits rêves racontés sur un ton dégagé : « j’ai fait un rêve que vous allez trouver bizarre, dedans vous étiez ma grande sœur ! ».

Je repense à ces contractuels au début de l’année scolaire qui m’avaient dit que j’étais une bisounours si je pensais pouvoir dialoguer avec les adolescents, que ceux-ci n’aiment pas parler et se confier à un prof.

Source : giphy.com

Moi je la vois l’attente dans leurs grands yeux qui me fixent. La demande d’amour muette qui me frappe avec force. Ils essayent d’exister pour moi, ils attendent d’être reconnus par mes yeux adultes. Et ils me confient leurs secrets, comme si j’étais dotée d’une baguette magique et que j’allais soudain rendre tout ça plus supportable. Marry Poppins c’est moi en fait.

Leur mimétisme me fait prendre conscience tout à coup que je suis grande maintenant, et que j’ai plein de petits regards qui attendent que je les inspire et leur donne des clés pour se construire. Je les sens vibrer quand j’aborde un sujet qui leur parle, et la façon dont ils se pressent autour de mon bureau à la fin de l’heure : « madame, ce livre-là vous allez le prêter aussi ? ». Oui, celui-là aussi.

Source : giphy.com

Et je suis émue par les marques de reconnaissance, maladroites, mignonnes, incommensurables qui m’arrivent parfois sans crier gare. Ce petit bonhomme qui dépose des carambars sur ma table, celui-ci qui range toutes les chaises de la classe parce que je lui ai offert une ridicule boite de crayons de couleurs pour qu’il puisse dessiner à son foyer d’accueil. Ce moment de grâce parce que cette classe, particulièrement agitée, a compris que l’inspection ce jour-là était importante pour moi même si je leur ai dit de faire tout comme d’habitude, ne vous inquiétez pas ça va très bien se passer.

J’accueille ce qu’ils me donnent, toute cette générosité et ces brassées d’amour disséminées dans mes semaines. Je ne sais pas trop quoi faire de tout ça. Alors j’espère juste me montrer à la hauteur de toute cette confiance et vaincre mon vertige, car ils me font escalader des montagnes.

Je vous laisse, j’ai cours de vol.

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2 commentaires sur “Leur confiance et mes doutes

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