Dragon Rouge – Thomas Harris

Editions Albin Michel, 384 pages, 20€

À un mois d’intervalle, deux familles entières sont massacrées à leur domicile, l’une à Birmingham, l’autre à Atlanta. Jack Crawford, chef du département des Sciences du comportement du FBI, charge Will Graham de trouver celui que la presse a baptisé « le Dragon rouge ». Par le passé, Graham a montré une aptitude incroyable à se mettre dans la peau d’un psychopathe en arrêtant le Dr. Hannibal Lecter, un assassin bestial. Il consulte donc Lecter, désormais emprisonné à vie, pour comprendre et analyser les comportements du tueur. Il constate qu’il a sévi la première fois un soir de pleine lune, et la seconde un jour avant la fin du mois lunaire. Le FBI a donc un peu plus de trois semaines pour mettre fin à ce carnage.

Dans ce roman HARRIS met en place les protagonistes que l’on retrouve dans Le Silence des agneaux, puis dans Hannibal.

Enfant j’avais adoré le film aujourd’hui mythique Le Silence des agneaux. J’ai ensuite profité avec un enthousiasme plus modéré, de Dragon Rouge et d’Hannibal.

Il y a trois ans (déjà ?!), j’avais procédé avec Sylphe a une soirée complètement décadente où nous avions englouti des crevettes, un poulet et deux plats de pommes de terres aux oignons cuites sous le jus de la viande et cela devant la fameuse trilogie. Des amis nous avaient invités à les rejoindre pour la soirée, mais nous étions dans un état si pitoyable que nous avions joué notre sortie aux dés. Avant de finalement rejoindre les bras de Morphée sans même avoir mené notre marathon télévisuel au bout.

La série Hannibal a récemment été créée, et j’ai rapidement accroché avec l’esthétique soignée ainsi qu’avec l’ambiance glauque que le réalisateur a mise en place, et ce même si selon moi il manque un je-ne-sais-quoi qui la rendrait exceptionnelle. Sans compter que je ne suis pas indifférente à la plastique de certains personnages, mais ceci est une autre histoire…

Du coup, lorsque je suis tombée sur des ebooks de la trilogie je me suis dit que c’était l’occasion de tester les livres d’origines et de comparer un peu avec la série.

L’histoire peut sembler assez banale car le tueur en série (« serial killer ») est aujourd’hui un archétype de la littérature. Cependant le livre date un peu, et à l’époque ce type d’intrigue n’avait pas encore été battu, rebattu, passé à la moulinette et accommodé à toutes les sauces comme cela peut être le cas à l’heure actuelle. Alors que je sors tout juste d’une unité d’enseignement sur le roman noir j’ai voulu parfaire ma culture avec ce roman qui, s’il n’a pas forcément la notoriété de l’incontournable Silence des Agneaux, n’en demeure pas moins à mes yeux un grand classique.

L’histoire est plutôt efficace et nous guide dans les tréfonds de l’âme du Dragon Rouge. Elle oscille entre l’enquêteur Graham (Will de son petit nom) et  Dolarhyde, petit garçon victime de maltraitances si graves et répétitives qu’il grandit perturbé au point de fondre son identité à celle du Dragon Rouge, tableau de Blake auquel il s’identifie. Tout l’intérêt du roman réside dans ce chassé-croisé entre Graham et les tueurs qui croisent sa route – d’Hannibal à Dolarhyde – et de sa propension à s’identifier mentalement à eux, à devenir eux. L’extrême fragilité émotionnelle du personnage principal alliée à cette confusion de son identité avec ceux qu’il traque constitue un effet miroir saisissant avec le « méchant » du roman. La proximité entre ces deux personnages est évidente et nous conduit à réfléchir sur le Mal, ses origines et ses mécanismes.

C’est également l’enjeu de la série Hannibal dont j’ai vu à ce jour les onze premiers épisodes. Hannibal tient dans Dragon Rouge un rôle assez secondaire en termes d’action, mais il est prépondérant en raison de l’impact de sa relation ancienne avec Graham sur l’enquête. Le personnage de Lecter est ici un moteur psychologique profond et le livre distille de très nombreux détails sur son passé commun avec notre fragile enquêteur. La série télévisuelle joue d’ailleurs parfaitement bien sur ces nombreux détails qui donnent beaucoup de relief au texte original. Ainsi, j’ai reconnu à plusieurs reprises des répliques du livre lorsque les acteurs récitaient leur texte. Je trouve que le réalisateur de la série a fait un travail de fond assez intéressant. Aucune adaptation ne peut être parfaite quand il s’agit de transposer un roman en image mais il n’y a aucun doute à avoir sur sa connaissance de l’œuvre originale qui sert véritablement à nourrir la série et ceci est à ajouter à un certain nombre d’ajustements en matière de personnages qui ont le mérite de sonner vrais. Par exemple notre journaliste crapuleux passe du masculin au féminin, et c’est le cas pour un certain nombre de personnages. En ce qui me concerne je me fais fort bien à ces changements plutôt en accord avec mes convictions.

Thomas HARRIS créé des personnages complexes qu’il dépeint avec lenteur donnant au fil de sa progression quantité d’informations sur leurs vies, leurs sentiments et leurs réactions dans une perspective finalement assez naturaliste. J’ai apprécié le style de la traduction avec des phrases relativement simples mais riches en images. Leur rythme très court donne une nervosité tout à fait appropriée au texte.

En ce qui me concerne Dragon Rouge a été à la fois une grande surprise et un bon coup de cœur. Ce roman, mélancolique et désabusé, est un classique à lire qui se place dans la grande tradition du roman noir.

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