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Le Roman comique – Paul Scarron

Editions Folio, 416 pages, 6,75 €

Par une belle fin d’après-midi de l’an 1650, quelques comédiens de campagne arrivèrent dans la ville du Mans sous les yeux des bons bourgeois ébahis devant un attirail des plus hétéroclites.

Tandis que « les bêtes mangèrent, l’auteur se reposa quelque temps et se mit à songer à ce qu’il dirait dans le second chapitre » avant d’emporter le lecteur dans le monde aventureux des gens de théâtre, confrères de Molière. Mettant quiconque au défi de découvrir le sac à malice d’où il tire « tant de coyonneries », ou, comme le dira plus joliment Giono, maîtrisant « un art d’une couleur magique »; ce conteur inspiré se lance dans une histoire désopilante, animée par une verve bouffonne et facétieuse, où les joyeusetés succèdent aux truculentes bambochades, où les mouvements s’enchaînent en cascade, où les coups pleuvent dru.

J’ose ou je n’ose pas ? Tel pourrait être le maître mot de cette critique. Voilà un moment que je songe à « chroniquer » Le Roman comique, mais face à ce gros morceau de notre histoire littéraire et à côté des nombreux noms qui se sont penchés sur son cas je ne me sentais pas bien assurée de pouvoir à mon tour exprimer ce que j’avais sur le cœur. J’ai donc résolu de ne pas me placer du point de vue universitaire, de ne pas prétendre m’ériger en critique d’une quelconque qualité, mais simplement de me placer comme je l’ai toujours fait sur mes précédentes lectures du côté du divertissement.

Mon histoire avec Le Roman comique est assez rocambolesque. Au cours de ma licence de lettres modernes de nombreux enseignants nous ont conseillé de le lire. Je me suis vaguement penché sur son cas en lisant sur internet des passages qui ont inspirés le dossier iconographique qu’on peut trouver sur utpictura. Peu convaincue par ce que j’avais lu, j’avais laissé tout ça de côté avant que la lecture de l’œuvre ne soit rendue obligatoire par un cours de littérature picaresque. Et à ma grande surprise j’ai vraiment aimé lire ce roman !

L’adjectif « comique » accolé au titre est assez révélateur au sens où il peut être compris dans une multitude de sens. Le roman met en scène des comédiens. On a une réunion de tous les procédés de la farce : prosaïsme, comique de répétition… Ici on mange les poulets par dizaine, on fesse des servantes à tour de bras, on se bagarre, on boit et on se joue de mauvais tours. Notre œuvre est plaisante, humoristique, et relève sans aucun doute de la comédie.

Scarron souffrait d’une grave maladie, au point de vivre retiré de toute vie sociale. C’était cependant un esprit des plus agiles et malgré la farce immense qu’est son roman affleurent partout traits d’esprit et règlements de compte subtils. Il narre avec beaucoup de malice et une grande maîtrise les aventures d’un groupe aux interactions nombreuses ce qui complique bien entendu les situations avec la création de nombreux quiproquos, d’intrigues amoureuses plus ou moins complexes, de rencontres, d’enlèvements à rebondissements multiples. Toutes ces intrigues galantes sont teintées d’un marivaudage issu en droite ligne du picaresque.

Finalement, Le Roman comique n’est pas vraiment difficile à lire et mon édition comprend des notes qui permettent de replacer les éléments dans leur contexte historique. C’est avec plaisir que je me suis plongée dans le mélange de raffinement intellectuel et d’esprit libertaire, vulgaire et prompt à jouir de tout qui caractérise le roman. Il a su me tirer non seulement des sourires, mais aussi quelques fois des rires, preuve s’il en faut qu’il porte bien son nom.

J’ai particulièrement aimé la structure de récits enchâssés qui permet de faire des coupures avec la lecture de l’intrigue très chaotique. Les petites histoires qui agrémentent l’histoire principale m’ont rappelé la lecture des Contes des Mille et Une Nuits… et donné envie de les relire !

Le seul « hic » dans toute cette histoire c’est que Le Roman comique n’a pas de fin ! En effet, j’ai évoqué le fait que Scarron était malade. Les deux premières parties du roman ont été publiées en 1651 et 1657, mais il est décédé des suites de sa longue maladie avant de pouvoir mettre un terme à son roman. On n’a retrouvé quasiment aucune trace de la troisième partie, et si certains ont constitué une suite à partir d’indices laissés par l’auteur, il reste impossible de réellement savoir ce qu’il en aurait été. Imaginer la suite est un vrai plaisir, mais j’avoue que ma curiosité est vraiment restée sur sa faim au final… Ces professeurs sont décidément des pros en matière de tortures !

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