Les Créateurs – Thomas GEHA

Edition Critic, 140 pages, 13,20 €

Il était une fois rien du tout. Il était une fois six histoires où le lecteur se retrouve confronté à des situations improbables, quoiqu’étrangement familières. Et si vous pouviez faire revivre un être disparu ? Et si votre rêve le plus fou pouvait se réaliser ? Et si votre vie était factice ? Et si l’amour n’était qu’un éternel recommencement ? Et si, et si, et si.

Voulons-nous vraiment connaître le jardin secret des personnes que l’on aime ? Dans ce cas, la cécité et le silence ne sont-ils pas nos meilleurs alliés ? Quel prix sommes-nous prêts à payer pour le découvrir ?

Toutes les vies animées au cœur de ces pages participent à la création d’univers proches du nôtre ou éloignés, réalistes ou fantasmagoriques. Mais tous ces mondes, tous ces personnages, introduisent les mêmes questions essentielles : qui sommes-nous et d’où venons-nous ? Qui donc se cache derrière notre existence et nos destins ?

Le recueil de nouvelles n’espère toutefois pas répondre à ces questions, il les explore avec toujours la même ambition : découvrir un peu de ce que nous sommes.

Durant les vacances de fin février/début mars je suis allée rendre une courte visite à mon amie Sylphe qui a la chance de pouvoir faire de nombreuses incursions dans l’excellente librairie et maison d’édition Critic. C’est à l’occasion d’une visite « furetage » que j’ai eu le privilège de croiser l’auteur des Créateurs.

J’avais entendu parler de lui sans avoir l’occasion, jusqu’à présent, de faire connaissance avec ses œuvres littéraires. Appâtée par les élogieuses critiques de Sylphe et nos amis communs, je me suis finalement montrée une victime on ne peut plus consentante. J’ai donc fait l’acquisition des Créateurs et de La Guerre des Chiffonneurs dont on m’a également vanté les mérites. C’est par conséquent sans une once d’hésitation mon choix s’est porté sur le recueil de nouvelles Les Créateurs pour accompagner une partie de la dizaine d’heures qui m’ont été nécessaires pour retourner en ma demeure.

Alors, Chauncey a-t-elle réussi à surmonter les épreuves imposées par la SNCF ? Les Créateurs a-t-il su tenir ses engagements et la garder en haleine ? La qualité de l’écriture de GEHA est-elle à la hauteur de son érudition ? Trouvera-t-on un jour le moyen de faire comprendre aux parents que non les allées du train ne sont pas des aires de jeux et qu’il est absolument normal que les autres voyageurs aient envie de tuer leurs mouflets au bout de la deuxième heure de hurlements ? Chauncey a-t-elle éprouvé un plaisir indécent à la lecture de cet ouvrage aux multiples promesses ? Tant de questions et si peu de réponses…

Source : http://editions.librairie-critic.fr
Source : http://editions.librairie-critic.fr

Je commencerai simplement par le plus évident : la magnifique couverture que l’on doit à l’illustrateur Laurent Guillet (une page lui est consacrée en fin d’ouvrage). On a coutume de dire qu’un livre ne doit pas être jugé sur sa couverture, inutile cependant de nier que celle-ci attire l’œil ; et une fois la lecture effectuée on ne peut qu’approuver le parti pris. Je ne sais pas si c’est le cas de tous les ouvrages vendus, mais pour ma part j’ai eu droit à un petit marque-page parfaitement assorti que je ne me lasse pas de regarder.

J’ai tendance à zapper un peu les préfaces. Elles sont souvent une source de frustration pour moi puisqu’elles constituent le dernier rempart entre mon auguste personne et la lecture tant attendue. En règle générale, je les trouve rarement captivantes. Ici elle m’a semblé très sympathique, légère. Peut-être est-ce également parce que j’ai eu la chance d’échanger des propos personnels avec l’auteur, mais toujours est-il que j’ai apprécié ce petit intermède biographique.

Je voue une affection toute particulière aux mythes de la création. L’évocation du mythe du Golem que j’ai eu l’occasion de travailler très superficiellement au cours de ma licence était un élément en faveur de l’ensemble. Ajoutons à cela les mentions dans la première nouvelle de l’une de mes pièces préférées qu’est Lorenzaccio, et j’étais définitivement accrochée.

Détailler chacune des émotions proposées par chacune des nouvelles imposerait une lecture on ne peut plus fastidieuse aux courageux lecteurs déjà arrivés jusqu’ici. Je me contenterai simplement de mentionner Copeaux qui m’a ramené à l’enfance. Aux odeurs chaudes et réconfortantes du bois. A une solitude toute personnelle et pourtant parfaitement universelle. Oui, Copeaux a rendu mes yeux humides dans un train emplis de monde et bruyants. Copeaux a su ouvrir une porte intérieure quasiment scellée depuis la lointaine lecture d’un recueil comprenant les Plus qu’Humains et Cristal qui Songe qui m’avaient tiré mes premières larmes littéraires à l’âge vénérable de dix ans.

J’ai lu étant tout aussi jeune un recueil d’Edgar Allan POE, et à plusieurs reprises cette lecture ancienne est venue affleurer à mon esprit lorsque j’ai profité des Créateurs sans que je ne puisse véritablement expliciter le phénomène. A titre personnel j’ai particulièrement apprécié la liberté que GEHA propose à son lecteur en matière d’interprétation, la seule limite étant sa propre imagination. Une enseignante m’avait expliqué que le propre du fantastique était justement ce flou artistique qui permettait au récit de « vivre par lui-même ». En ce cas on peut dire des nouvelles de ce recueil qu’elles sont la mise en application réussie de la théorie.

En bref :

Thomas GEHA explore des univers riches et diversifiés, y laissant vivre des personnages qui ne laissent pas indifférents. Chacune des nouvelles m’a semblé prenante et ce même si j’ai eu l’impression d’une qualité parfois inégale de l’une à l’autre. L’exploration des sentiments est globalement bien menée, sans caricature excessive. Les sonorités sont intéressantes et la temporalité maîtrisée. La réflexion sur la création est agréable à suivre, le rapport à l’art exploré de façon traditionnelle et efficace. Du théâtre à la musique, GEHA fait partie des monstres de culture classique et on sent celle-ci poindre à chaque phrase. La plume de l’auteur, poétique et travaillée, rythme l’ensemble sur de courts paragraphes en une mécanique minutieuse qui, si j’ose l’écrire, relève presque de l’horlogerie.

Il me faut ici conclure de façon fort peu originale et précisant simplement que je suis impatiente de trouver le temps de lire La Guerre des Chiffonneurs au vu de la qualité de ce recueil qui mérite qu’on s’y arrête et que je relirai sans aucun doute.

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7 commentaires sur « Les Créateurs – Thomas GEHA »

    1. Je suis contente que cet article ai pu t’aider à faire ton choix!

      L’avantage de ce type de recueil c’est que tu peux tout à fait le savourer en plusieurs fois comme une plaque de chocolat et intercaler d’autres lectures entre temps sans avoir l’impression de perdre le fil.

      N’hésite pas à revenir me voir pour me dire ce que tu en as pensé car je suis une grande curieuse! J’espère en tout cas que tu y trouveras ton compte!

      J'aime

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